Ce que « préparer un entraînement » veut vraiment dire, ce que la recherche en sait, et comment situer votre façon de faire.
Préparer ses séances, on sait tous qu’il faut le faire. Reste à savoir ce qu’on met derrière le mot.
Avoir trois exercices en tête en arrivant au gymnase ? Un déroulé écrit avec un objectif ? Une saison pensée en cycles ? Ce ne sont pas des nuances : ce sont des façons d’entraîner différentes, qui ne produisent pas les mêmes joueurs.
Pour moi, 80 % de la réussite d’une séance c’est la préparation.
Dans cet article, je vous explique pourquoi, ce que la recherche en dit, et je vous propose quatre façons de construire ses séances pour repérer la vôtre et la faire avancer d’un cran.
Le guide associé à cet article est le « comment » pas à pas pour mettre en pratique ces conseils
Ce qu’on en sait
Préparer, ce n’est pas avoir des exercices. C’est avoir un objectif.
La bonne question, avant une séance, n’est pas « qu’est-ce qu’on va faire ce soir ? » mais « qu’est-ce que mes joueurs vont savoir faire à la fin ? ».
Entre les deux, il y a la différence entre entrainer et faire progresser.
John Wooden, l’entraîneur le plus titré du sport universitaire américain, le résumait d’une phrase devenue un livre de référence : « On n’a pas enseigné tant qu’ils n’ont pas appris. »
Un entraînement ne se juge pas à ce qu’on a proposé, mais à ce que les joueurs ont réellement appris.
Et ce juge-là, c’est le joueur, pas votre ressenti de fin de séance.
C’est sans doute le point le moins intuitif. La recherche sur ce qui fait l’efficacité de l’entraîneur menée en 2009 par Côté & Gilbert (la référence du domaine) définit un bon entraîneur non par son palmarès, ni par l’image qu’il a de lui, mais par ce qu’il développe chez ses joueurs — au premier rang, leur compétence : ils savent faire des choses qu’ils ne savaient pas faire avant.
Ainsi, une séance où tout le monde a couru, transpiré et rigolé n’est pas forcément une séance qui a fait progresser.
Le plaisir compte, mais il ne suffit pas à dire qu’on a entraîné. C’est l’objectif posé en préalable à l’entraînement qui permet de le vérifier.
Construire sa séance, c’est un savoir parmi trois.
Toujours selon Côté & Gilbert, entraîner mobilise trois familles de compétences :
- le savoir du jeu : la technique, les exercices, les méthodes
- le savoir de la relation : motiver, souder, accompagner
- le savoir de soi : prendre du recul sur sa pratique
Construire sa séance relève du premier.
C’est la fondation — mais les chercheurs insistent : le savoir technique seul ne fait pas un bon entraîneur… ce serait trop facile 😉
Préparez vos séances avec soin, sans croire pour autant que tout se joue là.
Un plan préparé n’est pas un plan rigide.
Avoir un objectif clair ne veut pas dire dérouler son programme coûte que coûte.
C’est l’inverse : quand un exercice ne prend pas, savoir ce qu’on cherchait permet de l’ajuster sans perdre le fil — ralentir, simplifier, changer une contrainte.
Et cet objectif se règle selon l’âge.
Chez des -11 ans, une bonne préparation privilégie le jeu, les fondamentaux et la participation de tous ; chez des séniors, elle peut viser un point technique ou tactique plus pointu.
Le réflexe « un objectif par séance » vaut pour tous ; c’est sa traduction qui change.
Les quatre façons de faire
Voici quatre manières de construire ses séances, du plus spontané au plus construit.
Au naturel — « j’improvise, je prends chaque séance comme elle vient. » On fait avec l’inspiration du jour. On fonctionne d’une séance à l’autre, rien ne se construit.
Sur le moment — « j’ai quelques exercices en tête, choisis en arrivant, sans déroulé. » L’intention existe, mais elle n’est pas posée, on peut facilement la perdre de vue.
Avec méthode — « je prépare un déroulé avec un objectif clair. » La séance a une colonne vertébrale : on sait ce qu’on travaille et pourquoi. On peut alors savoir à la fin si notre séance a fonctionné ou non
Une progression sur la saison — « je planifie en cycles ; chaque séance s’appuie sur la précédente et prépare la suivante. » Les joueurs ne font plus des exercices isolés : ils suivent un fil de progression, individuel et collectif sur le long terme.
Le prochain pas
On avance d’un cran à la fois, et ça tient dans un geste simple :
Avant chaque séance, écrivez en une phrase : « À la fin, mes joueurs sauront… ».
C’est la première chose que je pose.
Par exemple : « à la fin, mes arrières sauront fixer leur défenseur avant de servir le pivot. »
Tout le reste de la séance découle de là — les exercices ne sont plus le but, ils deviennent le moyen.
- Si vous improvisez aujourd’hui : posez cette phrase une fois, avant de partir au gymnase.
- Si vous avez déjà vos exercices en tête : reliez-les à elle. Gardez ceux qui la servent, écartez les autres.
- Si vous préparez déjà un déroulé : reliez la séance du jour à la précédente et à la suivante. C’est le début d’un cycle.
Une phrase, trente secondes. C’est le plus petit changement qui transforme vos séances.
Pour vous aider
- Pour la méthode pas à pas — bâtir le déroulé, doser les exercices, mener la séance —, le guide Comment bien préparer sa séance.
- Pour poser vos objectifs et garder la trace de vos séances, je raconte comment je m’y prends avec mon carnet d’entraînement.
- Pour concevoir et schématiser vos exercices dans le style des fiches EH, vous pouvez utiliser La Tablette (handXPrience Studio), directement en ligne.
Et après ?
Construire sa séance n’est qu’un des sept pilier de l’entrainement — il y a aussi faire progresser, coacher le match, motiver et souder, faire grandir, se remettre en question, continuer à apprendre.
Vous pouvez vous situer sur chacun de ces piliers et avoir une vue d’ensemble de votre pratique d’entraineur à l’aide du questionnaire « Quel entraîneur êtes-vous ? ».
C’est le moment de prendre du recul sur votre pratique d’entraineur 😉
Sources
- Côté, J. & Gilbert, W. (2009). An Integrative Definition of Coaching Effectiveness and Expertise. International Journal of Sports Science & Coaching, 4(3), 307-323. https://doi.org/10.1260/174795409789623892 — la définition de référence de l’entraîneur efficace, et les trois familles de savoirs.
- Nater, S. & Gallimore, R. (2006). You Haven’t Taught Until They Have Learned: John Wooden’s Teaching Principles and Practices. — l’ouvrage qui transmet les principes d’enseignement de John Wooden.