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par PhilippeB [post-views]

Ce que « faire progresser un joueur » veut vraiment dire, ce que la recherche en sait, et comment situer votre façon de corriger.

Corriger ses joueurs, tout entraîneur le fait.

La vraie question, c’est de savoir si la correction est effective — si, à la séance d’après, le geste a changé, si le joueur a progressé

La plupart des erreurs que je vois durer ne viennent pas d’un manque de travail. Elles viennent d’une correction mal posée : trop de consignes d’un coup, ou la mauvaise.

Dans cet article, je vous explique ce que « corriger » veut dire concrètement, ce que la recherche en dit, et je vous propose quatre façons de faire progresser un joueur pour repérer la vôtre.

Je vous propose également un petit guide pratique qui vous permettra d’aider encore davantage vos joueurs à progresser.

Ce qu’on en sait

Corriger, c’est d’abord trouver d’où vient l’erreur.

La recherche sur l’efficacité de l’entraîneur (Feltz, l’échelle de référence du domaine) définit la compétence technique par deux savoir-faire :

  • savoir enseigner — montrer, expliquer, faire répéter un geste pour qu’il soit compris
  • savoir diagnostiquer — repérer d’où vient vraiment l’erreur avant de chercher à la corriger

On retient surtout le premier alors que le second est souvent le plus utile.

Avant de corriger un geste, un placement, une situation, il faut d’abord voir d’où vient le problème. Un ailier qui tire systématiquement dans le gardien n’a pas forcément un problème de tir : très souvent, c’est sa course ou ses appuis, une seconde plus tôt. Corriger alors le tir, lui demander de lever le bras ne résoudra rien.

Une seule correction à la fois.

Un joueur qui attaque directement un défenseur à partir d’un drible alors qu’il était à l’arrêt ne respecte aucun des fondamentaux de l’attaque : jouer sans ballon, attaquer entre 2 défenseurs, être dangereux.. Dans ce cas, vous ne pouvez pas tout corriger en une seule fois et lui répéter la consigne « joue lancé dans l’intervalle », ne résoudra rien

Il faut choisir une correction — souvent celle qui cause les autres — et on s’y tenir. Une fois que le joueur aura compris qu’il ne doit pas attendre d’avoir la balle pour se mettre en course, corriger la pose systématique de son drible sera beaucoup plus simple et arrivera souvent sans même que vous ayez à y revenir

Le juge d’une correction, c’est le joueur, pas vous.

John Wooden, l’entraîneur le plus titré du sport universitaire américain, résumait son métier d’une phrase devenue un livre de référence : « On n’a pas enseigné tant qu’ils n’ont pas appris. » Une correction ne se mesure pas à ce qu’on a dit, mais à ce que le joueur en fait ensuite.

Et on se trompe facilement là-dessus.

Une étude qui a comparé l’avis des entraîneurs à celui de leurs propres joueurs montre qu’on se juge plus efficace qu’on ne l’est réellement.

Le réflexe à prendre : revérifier la correction à la séance suivante, dans les matchs et surtout, répéter les exercices, les mises en situations pour que les gestes deviennent naturels et que les joueurs n’aient même plus à penser au bon geste – il pourront alors se consacrer sur le jeu 😉

Faire sentir vaut mieux que faire répéter.

Le palier le plus fort, c’est de ne presque plus corriger : on aménage l’exercice pour que le joueur sente lui-même ce qui ne va pas. C’est ce que les pédagogues appellent les styles « productifs » — l’entraîneur règle la contrainte, le joueur trouve la solution.

Jouez sur les régulations de vos exercices, de vos situations pour amener les joueurs à faire ce que vous voulez qu’ils apprennent. Il ne corrige pas parce que vous l’avez dit, mais parce que la situation l’y a amené.

Les quatre façons de faire

Voici quatre manières de faire progresser un joueur, de la plus spontanée à la plus construite.

Au naturel« je corrige peu ; je compte sur la répétition et le jeu pour que ça rentre. » Parfois la répétition suffit. Mais un défaut qu’on ne reprend jamais s’installe pour de bon.

Sur le moment« quand ça coince, je remontre le geste et je redonne la consigne. » L’intention est là. Le risque, c’est de répéter sans chercher la cause, et de donner plusieurs consignes à la fois.

Avec méthode« j’isole l’étape qui bloque et on ne travaille que celle-là, une correction à la fois. » On diagnostique avant de corriger, et on cible.

L’exercice qui fait sentir« j’aménage la situation pour que le joueur sente lui-même ce qui ne va pas — l’erreur ne peut presque plus arriver. » Le joueur ne subit plus une correction : il découvre la solution. C’est ce qui tient le plus longtemps, c’est comme cela que l’on sait « qu’ils ont vraiment appris »

Le prochain pas

On avance d’un cran à la fois, et ça tient dans une règle simple :

À la prochaine erreur qui revient, ne corrigez qu’une seule chose.

Isolez le point qui bloque, montrez-le, faites refaire. Rien d’autre ce jour-là.

C’est ma discipline de base. Sur un arrière qui tire contré à répétition, je ne parle pas de l’armé de son bras, je lui demande de ne pas s’engager sur le défenseur, on travaille d’abord sa course. Le reste, on le verra plus tard.

  • Si vous corrigez peu : la prochaine fois qu’une erreur revient, arrêtez l’exercice et nommez un point. Un seul.
  • Si vous remontrez déjà le geste : avant de remontrer, cherchez pourquoi ça bloque. Corrigez la cause, pas le symptôme.
  • Si vous ciblez déjà une chose à la fois : transformez la consigne en contrainte — un plot, une règle, une zone — pour qu’il sente au lieu d’entendre.

Une correction, une seule. C’est le plus petit changement qui fait vraiment progresser un joueur.

Pour vous aider

  • Pour concevoir et schématiser vos situations de correction, vous pouvez utiliser La Tablette (handXPrience Studio), directement en ligne.

Et après ?

Faire progresser n’est qu’une des sept façons d’entraîner — il y a aussi construire sa séance, coacher le match, motiver et souder, faire grandir, se remettre en question, continuer à apprendre.

Vous pouvez vous situer sur chacun de ces piliers et avoir une vue d’ensemble de votre pratique d’entraineur à l’aide du questionnaire « Quel entraîneur êtes-vous ? ».

C’est le moment de prendre du recul sur votre pratique d’entraineur 😉

Sources

  • Feltz, D. L., Chase, M. A., Moritz, S. E. & Sullivan, P. J. (1999). A Conceptual Model of Coaching Efficacy: Preliminary Investigation and Instrument Development. Journal of Educational Psychology, 91(4), 765-776. https://doi.org/10.1037/0022-0663.91.4.765 — le modèle des dimensions de l’efficacité de l’entraîneur (échelle CES).
  • Nater, S. & Gallimore, R. (2006). You Haven’t Taught Until They Have Learned: John Wooden’s Teaching Principles and Practices. — l’ouvrage qui transmet les principes d’enseignement de John Wooden.