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par PhilippeB [post-views]

Ce que « coacher un match » veut vraiment dire, ce que la recherche en sait, et comment situer votre façon de gérer le jour J.

Le jour du match, l’entraîneur change de rôle. Toute la semaine, il prépare, il anime ; là, il décide en direct, sans pouvoir tout maîtriser.

Beaucoup d’entraîneurs préparent très bien leurs séances et subissent leurs matchs. Pour moi, c’est normal : ce n’est pas la même compétence, et personne ne nous l’apprend.

Un mot d’abord sur ce que le coaching ne fait pas : il ne crée pas le niveau de votre équipe. Ce qui se joue le week-end s’est construit à l’entraînement. Le coaching, lui, empêche l’équipe de s’effondrer quand le match tourne mal — et c’est déjà beaucoup.

Dans cet article, je vous explique ce que coacher un match recouvre, ce que la recherche en dit, et je vous propose quatre façons de gérer le jour J pour repérer la vôtre et que vous puissiez éventuellement identifier vos points d’évolution.

Ce qu’on en sait

Coacher un match est une compétence à part — différente de préparer.

La recherche sur l’efficacité de l’entraîneur (Feltz) range la « stratégie de match » comme une dimension à part entière, distincte de la préparation des séances. Autrement dit : bien préparer toute la semaine ne garantit pas qu’on saura décider dans le feu de l’action.

C’est une bonne nouvelle. Ça veut dire que ça se travaille comme le reste, et que se sentir démuni le dimanche n’est pas une fatalité.

Le meilleur coaching de match se prépare avant le match.

Décider vite et juste pendant les 60 minutes, ça ne s’improvise pas : ça vient d’avoir anticipé.

Avant le coup d’envoi, je me pose deux ou trois scénarios — « s’ils défendent haut sur mon demi-centre, on fait quoi ? », « si on prend l’eau en défense, on change quoi ? »

Le jour J, j’essaie au maximum de ne pas chercher de solutions, je reconnais les situations que j’ai préparé. Bien sûr, on a beau imaginer plein de scénarios… cela ne se passe jamais comme prévu. Mais l’anticipation me permet d’être le moins possible dans la réaction … ce sont rarement les bonnes décisions que l’on prend lorsque l’on réagit !

Pendant le match, parler moins.

Le réflexe, quand ça va mal, c’est de crier toutes les consignes en même temps. Le résultat, c’est des joueurs saturés qui n’en appliquent aucune.

Je préfère garder ma parole pour un ou deux moments qui comptent : un temps mort posé au bon instant vaut dix consignes hurlées depuis le banc. Le reste du temps, je laisse jouer. Je préfère maintenant de plus en plus donner une consigne précise à un joueur en bord de terrain que de m’époumoner avec des consignes générales

Notre objectif de coach, c’est de rendre les joueurs capables de lire le jeu et de trouver les solutions sans nous.

L’entraîneur ne sera jamais sur le terrain.

Coacher, ce n’est pas télcommander ses joueurs depuis le banc : c’est de leur avoir donné les repères pour ajuster eux-mêmes. Le meilleur temps mort est celui qu’on n’a pas eu à poser parce que les solutions ont été trouvées par les joueurs eux même.

Les quatre façons de faire

D’après la documentation scientifique, on peut identfier quatre manières principales de coacher un match, de la plus spontanée à la plus construite.

  • Au naturel« je verrai bien une fois sur place. » On découvre le match en même temps que les joueurs. On encourage fort et on espère que ça tourne.
  • Sur le moment« je change un joueur qui n’y est pas. » On réagit, mais coup par coup, sans plan d’ensemble ni anticipation.
  • Avec méthode« je pose un temps mort pour une consigne précise. » On agit au bon moment, sur une idée claire. C’est déjà un vrai coaching, à la portée de tout entraîneur préparé.
  • La lecture du jeu« j’ajuste le système au fil du match et je donne à mes joueurs des repères pour lire le jeu eux-mêmes. » On ne subit plus le match : on le lit, on l’oriente, et les joueurs deviennent autonomes.

Le prochain pas

On avance d’un cran à la fois, et ça tient dans un geste simple :

Avant chaque match, écrivez deux ajustements possibles. Pas plus. Deux scénarios prévisibles, et votre réponse à chacun.

C’est ce que je fais avant chaque rencontre.

Par exemple : « s’ils nous étouffent avec une défense étagée, on joue sans ballon dans le dos des défenseurs, avec le pivot ou des rentrées de joueurs» et « si ils prennent notre meilleur joueur en stricte, je le fais reculer au milieur du terrain et je joue à 5 contre 5 avec de grands espaces »

Le jour J, je n’ai plus à inventer dans la panique.

  • Si vous découvrez le match sur place : notez une seule chose à surveiller avant le coup d’envoi.
  • Si vous réagissez coup par coup : préparez vos deux ajustements à l’avance, par écrit.
  • Si vous gérez déjà vos temps morts : donnez à vos joueurs un repère de lecture (« si le pivot est seul, on le sert ») pour qu’ils ajustent sans vous.

Deux ajustements préparés. C’est le plus petit changement qui transforme un match subi en match géré.

Et ce qui est bien, c’est qu’à force de préparer 2 ajustements par 2 ajustements vous aurez au fur et à mesure, une palette d’adaptations que vous maitriserez de mieux en mieux. Et une fois que vos joueurs auront compris vos adaptations… ils seront de plus en plus à même à le faire eux-même ! Sur une prise en stricte, par exemple, vos joueurs sauront tous qu’ils doivent reculer, vous n’aurez plus besoin de passer la consigne 😉

Pour vous aider

  • Pour des situations tactiques prêtes à exploiter, les articles tactique & coaching d’EH (notamment la série Tactique de match).
  • Pour préparer et schématiser vos systèmes et vos ajustements, vous pouvez utiliser La Tablette (handXPrience Studio), directement en ligne.

Et après ?

Coacher le match n’est qu’une des sept façons d’entraîner — il y a aussi construire sa séance, faire progresser, motiver et souder, faire grandir, se remettre en question, continuer à apprendre.

Vous pouvez vous situer sur chacun de ces piliers et avoir une vue d’ensemble de votre pratique d’entraineur à l’aide du questionnaire « Quel entraîneur êtes-vous ? ».

C’est le moment de prendre du recul sur votre pratique d’entraineur 😉

Sources

  • Feltz, D. L., Chase, M. A., Moritz, S. E. & Sullivan, P. J. (1999). A Conceptual Model of Coaching Efficacy: Preliminary Investigation and Instrument Development. Journal of Educational Psychology, 91(4), 765-776. https://doi.org/10.1037/0022-0663.91.4.765 — le modèle des dimensions de l’efficacité de l’entraîneur (échelle CES).