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par PhilippeB [post-views]

Ce que « motiver son équipe » veut vraiment dire, ce que la recherche en sait, et comment situer votre façon de gérer votre groupe.

Motiver son équipe, on imagine souvent que ça passe par les discours — le speech qui galvanise avant un match.

Pour moi, c’est l’inverse.

La motivation se joue dans le quotidien des séances, dans le fait qu’un joueur ait envie de revenir à la séance suivante. Et à mon sens, les discours ne changent rien à cela.

Dans cet article, je vous explique ce que motiver et souder recouvre vraiment, ce que la recherche en dit, et je vous propose quatre étapes de gestion de groupe pour repérer celle qui est la vôtre aujourd’hui.

Je vous ai également préparé un petit guide pratique pour vous donner quelques pistes d’actions à mettre en oeuvre avec votre équipe au quotidien

Ce qu’on en sait

Motiver, c’est une compétence d’entraîneur, pas un don.

La recherche sur l’efficacité de l’entraîneur (Feltz, l’échelle de référence du domaine) range la motivation comme une dimension à part entière et elle se concrétise par :

  • la capacité à agir sur l’état d’esprit et l’envie de ses joueurs — leur confiance, leur engagement, leur état mental — avant comme pendant l’effort

La bonne nouvelle, c’est quue ce n’est pas inné, cela veut dire que ça se travaille — on n’est pas « motivant » ou non par nature… on le devient

Un joueur revient quand il se sent à sa place.

Le cadre le plus cité du domaine (Côté & Gilbert, 2009) liste ce qu’un bon entraîneur développe chez ses joueurs.

L’un de ces résultats est la « connexion » : le sentiment d’être relié au groupe, d’y avoir des liens.

Pour un entraîneur, c’est très concret. Le joueur qui se sent à sa place dans l’équipe revient ; celui qui s’y sent de trop finit par lâcher, même s’il aime le hand.

La motivation, l’assiduité se jouent souvent là, pas sur le niveau de jeu.

Souder ne se décrète pas par les résultats.

Beaucoup comptent sur les victoires pour souder le groupe.

On connait tous des équipes qui gagnent mais dont l’ambiance est délétère, et qui au final « explosent » et des équipes qui perdent tout le temps et qui restent soudées sur toute la saison.

Certes les résultats aident à la cohésion, à la motivation, mais ils ne créent pas le lien… c’est plutôt l’inverse : ils révèlent les comportements de fond. Un groupe peu soudé ne va pas supporter les échecs, un groupe unis va déplacer des montagnes…

Et ce qui soude, ce sont les rituels et les moments partagés. Il faut réussir à créer des routines collectives, mettre en place des habitudes de groupe.

Le plus important : donner à chacun une place.

Un groupe tient vraiment quand chacun y a un rôle et des responsabilités — pas seulement les titulaires.

Chacun compte et ce n’est pas pour rien si Fabien Galthié a remplacé ce terme par « finisseurs » ! L’équipe est plus que la somme de TOUTES ses individualités

Il faut aider le groupe à gérer sa propre vie d’équipe, et un joueur qui s’éloigne est souvent raccroché par les autres avant même que l’on intervienne.

Les quatre façons de faire

Voici quatre manières de motiver et souder un groupe, de la plus spontanée à la plus construite.

Au naturel« le groupe se fait tout seul ; si un joueur s’éloigne, j’attends de voir s’il revient. » On laisse vivre. Parfois ça tient, mais on ne récupère pas celui qui décroche et on ne voit pas forcément venir les problèmes

Sur le moment« je signale à un joueur qu’on l’a vu manquer ; pour souder, je compte sur les matchs et les résultats. » On réagit aux signaux, mais sans démarche d’ensemble.

Avec méthode« je prends un moment pour comprendre celui qui décroche, et je mets en place des rituels d’équipe. » On agit sur l’individu et sur le collectif en fonction d’éléments clés que l’on a identifié (par exemple dans le projet de jeu)

Chacun son rôle« je donne à chacun une place et des responsabilités ; le groupe gère sa propre vie d’équipe et se raccroche de lui-même. » Le groupe ne dépend plus seulement de vous : il se porte en partie tout seul.

Le prochain pas

On avance d’un cran à la fois, et ça tient dans un geste simple :

Donnez un rôle à chacun, et valorisez l’effort autant que le résultat.

C’est une règle que je tiens à chaque séance.

Le joueur qui défend dur, qui fais le travail de l’ombre, je le mets en avant devant le groupe autant que le buteur. Je donne un maximum de rôles à chacun pour que les joueurs soient acteurs de leur séance : l’échauffement, l’arbitrage, le matériel, l’analyse de situation, la correction d’autres joueurs (ce qui leur permet également de comprendre le hand…)

  • Si vous laissez le groupe se faire seul : confiez une responsabilité concrète à un joueur cette semaine.
  • Si vous comptez sur les résultats : installez un rituel simple qui ne dépend pas du score — un point d’équipe, un échauffement à eux.
  • Si vous gérez déjà l’individu et le collectif : passez la main, laissez le groupe organiser une partie de sa vie d’équipe.

Un rôle pour chacun. C’est le plus petit changement qui transforme un groupe d’individus en équipe.

Et après ?

Motiver et souder n’est qu’une des sept façons d’entraîner — il y a aussi construire sa séance, faire progresser, coacher le match, faire grandir, se remettre en question, continuer à apprendre.

Vous pouvez vous situer sur chacun de ces piliers et avoir une vue d’ensemble de votre pratique d’entraineur à l’aide du questionnaire « Quel entraîneur êtes-vous ? ».

C’est le moment de prendre du recul sur votre pratique d’entraineur 😉

Sources

  • Feltz, D. L., Chase, M. A., Moritz, S. E. & Sullivan, P. J. (1999). A Conceptual Model of Coaching Efficacy: Preliminary Investigation and Instrument Development. Journal of Educational Psychology, 91(4), 765-776. https://doi.org/10.1037/0022-0663.91.4.765 — le modèle des dimensions de l’efficacité de l’entraîneur (échelle CES).
  • Côté, J. & Gilbert, W. (2009). An Integrative Definition of Coaching Effectiveness and Expertise. International Journal of Sports Science & Coaching, 4(3), 307-323. https://doi.org/10.1260/174795409789623892 — la définition de référence de l’entraîneur efficace, et les trois familles de savoirs.