Ce que « faire grandir un joueur » veut vraiment dire, ce que la recherche en sait, et comment situer votre façon de transmettre.
Au-delà du hand, un entraîneur transmet, il me semble, des valeurs telles que le respect, l’effort, l’autonomie… La plupart d’entre nous le font sans y penser, parce qu’on entraîne des gamins autant qu’on les fait jouer.
La question, c’est de savoir si on le fait par hasard ou si on s’en occupe vraiment.
Pour moi, c’est ce qui reste d’un entraîneur dix ans après : pas les scores, mais ce que les joueurs sont devenus et cela me fait toujours chaud au coeur de retrouver 10 ans plus tard des jeunes que l’on a entrainé et qui sont devenus de belles personnes.
Personnellement, je dois tout au hand car c’est là que j’y ai appris les valeurs cardinales pour moi encore aujourd’hui : l’esprit d’équipe, le travail, la persévérance…
Dans cet article, je vous propose une explication, à partir de sources scientifiques, de ce que grandir peut être et comment on peut mettre cela en pratique dans notre quotidien d’entraineur.
Ce qu’on en sait
Faire grandir un joueur fait partie du métier, ce n’est pas un supplément.
Le cadre le plus cité du domaine (Côté & Gilbert, 2009) liste quatre résultats qu’un bon entraîneur développe chez ses joueurs :
- le respect du sport et des autres — respecter les règles, l’arbitre, l’adversaire et ses partenaires
- l’intégrité — être droit, tenir parole, montrer l’exemple
- l’empathie — se mettre à la place de l’autre et prêter attention à ce qu’il ressent
- la responsabilité — répondre de ses actes et tenir son rôle dans le groupe
C’est une part primordiale de notre pratique et la recherche sur l’efficacité de l’entraîneur (Feltz) en fait même une de ses dimensions à part entière.
Faire grandir, c’est entraîner.
Les valeurs ne se transmettent pas par des discours.
On peut répéter « respectez l’adversaire » à chaque séance sans aucun effet.
Il est important que ce que l’on s’est fixé comme valeur soit mis en pratique à tous les instants de la vie de groupe : avant, pendant, après les entrainements et les matchs, dans la façon de communiquer, dans les règles que l’on se fixe, etc…
Si l’on dit respecter l’arbitre, alors personne ne discute ses décisions. Si l’on veut privilégier le collectif, on ne valorise pas les statistiques individuelles….
Les valeurs ne s’enseignent pas, elles se règlent par le cadre — par ce qu’on laisse passer et ce qu’on ne laisse pas passer, séance après séance, match après match
L’entourage fait partie de l’équation, surtout chez les jeunes.
Une synthèse récente de la recherche (Santos et coll., 2025) montre que la relation entre l’entraîneur et l’entourage du joueur — parents chez les jeunes, proches et dirigeants ensuite — est liée au plaisir de l’enfant, du joueur et au fait qu’il continue à jouer dans la durée.
Le réflexe qui marche n’est pas de tenir l’entourage, les parents à distance, mais d’en faire des partenaires car il faut notamment qu’ils comprennent comment vous voulez faire grandir vos collectifs, quels sont les valeurs au centre du jeu, comment fonctionne le groupe !
L’idéal est de faire en sorte que chaque difficulté soit une occasion d’apprendre.
Un échec, un doute, un conflit dans le groupe : ce sont les meilleurs moments pour faire grandir, à condition de les saisir au lieu de les éteindre. À ce stade, la vie d’équipe est organisée pour que les valeurs se vivent au quotidien — et chaque accroc devient un apprentissage, pour le joueur, pour vous, parfois pour le groupe entier.
Les quatre façons de faire
Voici quatre manières de faire grandir ses joueurs, de la plus spontanée à la plus construite.
Au naturel — « le respect, l’effort, l’autonomie, ça vient avec le hand ; je n’insiste pas. » On compte sur le sport pour transmettre tout seul. Souvent il le fait — mais pas toujours, et pas pour tous.
Sur le moment — « je rappelle les règles quand il y a un débordement, je rassure un joueur en difficulté sur l’instant. » On réagit aux écarts, mais sans cadre posé d’avance.
Avec méthode — « j’en fais des repères explicites et constants, et j’aide chacun à tirer quelque chose de ses difficultés. » On pose des exigences claires et on les tient. C’est à la portée de tout entraîneur décidé à s’y tenir.
La vie d’équipe au quotidien — « j’organise la vie d’équipe pour qu’ils vivent ces valeurs chaque jour ; chaque difficulté devient une occasion d’apprendre. » La transmission ne dépend plus de l’instant : elle est dans le fonctionnement même du groupe, souvent à l’aide d’un projet de jeu, clair, partagé qui devient la boussole de l’équipe.
Le prochain pas
On avance d’un cran à la fois, et ça tient dans un geste simple :
Posez une règle de vie d’équipe simple, et tenez-la toute la saison.
C’est comme ça que je m’y prends : une règle, claire, non négociable, que je n’abandonne jamais. Par exemple : « personne ne critique un partenaire qui rate. »
- Si vous comptez sur le hand pour transmettre : choisissez une seule valeur et une règle qui la rend concrète.
- Si vous rappelez les règles au coup par coup : posez-en une à l’avance, et tenez-la pour tout le monde sur la durée. Et une fois qu’elle est ancrée, installez en une autre…
- Si vous avez déjà des repères constants : la prochaine difficulté — un échec, un conflit —, prenez-en cinq minutes avec le groupe pour en tirer quelque chose.
Une règle tenue dans la durée. C’est le plus petit changement qui fait grandir une équipe.
Et après ?
Faire grandir n’est qu’une des sept façons d’entraîner — il y a aussi construire sa séance, faire progresser, coacher le match, motiver et souder, se remettre en question, continuer à apprendre.
Vous pouvez vous situer sur chacun de ces piliers et avoir une vue d’ensemble de votre pratique d’entraineur à l’aide du questionnaire « Quel entraîneur êtes-vous ? ».
C’est le moment de prendre du recul sur votre pratique d’entraineur 😉
Sources
- Côté, J. & Gilbert, W. (2009). An Integrative Definition of Coaching Effectiveness and Expertise. International Journal of Sports Science & Coaching, 4(3), 307-323. https://doi.org/10.1260/174795409789623892 — la définition de référence de l’entraîneur efficace, et les trois familles de savoirs.
- Feltz, D. L., Chase, M. A., Moritz, S. E. & Sullivan, P. J. (1999). A Conceptual Model of Coaching Efficacy: Preliminary Investigation and Instrument Development. Journal of Educational Psychology, 91(4), 765-776. https://doi.org/10.1037/0022-0663.91.4.765 — le modèle des dimensions de l’efficacité de l’entraîneur (échelle CES).
- Santos, F., Ferreira, M., Dias, L., Elliott, S., Milan, F., Milistetd, M. & Knight, C. J. (2025). A scoping review of coach–parent interactions and relationships across youth sport settings. International Review of Sport and Exercise Psychology, 18(2), 1002-1025. https://doi.org/10.1080/1750984X.2024.2332986 — la revue de référence sur la relation entre l’entraîneur et l’entourage.