Ce que « se remettre en question » veut vraiment dire pour un entraîneur, ce que la recherche en sait, et comment situer votre façon de prendre du recul.
Une grande enquête américaine auprès d’entraineurs (National Coach Survey, 2022) montre que 45% des entraîneurs bénévoles n’ont jamais reçu le moindre retour sur leur travail, n’ont jamais été évalués.
Au niveau amateur, il est rare d’avoir des retours sur notre pratique, il n’y a pas souvent de bilan annuel, rarement un regard extérieur bienveillant. Le seul retour possible, c’est celui que l’on se fait.
Dans cet article, je vous explique ce que se remettre en question recouvre vraiment, ce que la recherche en dit, et je vous propose quatre façons de prendre du recul.
Je vous ai également préparé un petit guide pratique pour vous donner quelques pistes d’actions à mettre en oeuvre pour se remettre en question
Ce qu’on en sait
Réfléchir sur sa pratique est une vraie compétence d’entraîneur.
L’étude de référence, la plus citée du domaine, celle de Côté & Gilbert distingue trois savoirs chez un bon entraîneur : le savoir du jeu, le savoir de la relation, et le savoir de soi — la capacité à se connaître et à réfléchir sur sa propre pratique.
Ce troisième savoir compte autant que les deux autres, voire plus.
Se remettre en question est une des compétences qui permet aux entraineurs (et pas seulement) de progresser
Se remettre en question, ce n’est pas douter de soi.
Prendre du recul, ce n’est pas se dévaloriser.
C’est aller chercher l’information que personne ne nous donne.
C’est prendre le temps de rélechir à ce que l’on fait, à comment on le fait, pourquoi on le fait
L’autre source de retour, ce sont vos joueurs.
On peut entraîner toute une saison sans jamais demander à son groupe ce qu’il attend.
Or l’écart entre ce que les joueurs attendent et ce qu’on leur propose est une mine d’informations — et il est souvent plus grand qu’on ne l’imagine.
Il est donc important de mettre en place toutes les conditions pour favoriser les échanges, les retours pour qu’ensembles joueurs et entraineurs progressent
Le palier le plus fort, c’est la remise en question permanente.
Prendre du recul ne sert vraiment que si ça change quelque chose. Il est donc primordial de transformer nos questionnements en actions concrètes, en questions à poser, en réponses à trouver…
Bref ne jamais s’arrêter de tester de nouvelles choses et d’ajuster nos pratiques tout au long de la saison.
Les quatre façons de faire
Voici quatre manières de se remettre en question pour apprendre encore, toujours
Au naturel — « je passe à la suite sans trop me poser de questions ; je fais à ma façon. » On avance, séance après séance, sans regarder en arrière. On répète parfois les mêmes erreurs sans le voir.
Sur le moment — « j’y repense si quelque chose m’a marqué ; j’ai demandé une fois à mes joueurs ce qu’ils attendaient. » La réflexion existe, mais au gré des coups durs, sans régularité.
Avec méthode — « je note après coup ce qui a marché et ce qui est à changer, et j’en parle régulièrement avec mes joueurs. » On se donne une habitude de prise de recul, individuellement et collectivement.
La remise en question permanente — « je m’appuie sur ce que je constate et sur ce que mes joueurs me renvoient pour ajuster ma façon de faire tout au long de la saison. » L’amélioration continue fait partie de votre ADN d’entraineur mais aussi de votre collectif.
Le prochain pas
On avance d’un cran à la fois, et ça tient dans un geste simple :
Après chaque séance, notez une chose qui a marché et une chose à changer. Trente secondes suffisent.
C’est ce que je fais en rentrant chez moi après un entrainement (au pire, le lendemain matin), dans mon carnet ou sur mon téléphone.
Par exemple : « l’échauffement était trop long, à raccourcir / le 3 contre 3 a très bien tourné mais j’aurai du élargir l’espace »
Très vite, au bout de quelques séances, j’ai une mémoire de mes constats et je peux identifier des problématiques qui se mettent à se répéter — c’est là que je sais quoi changer.
- Si vous ne revenez jamais sur vos séances : notez une seule chose après la prochaine. Une qui a marché, ou une à changer.
- Si vous y repensez de temps en temps : transformez-le en habitude — deux lignes après chaque séance, toujours.
- Si vous notez déjà : demandez à vos joueurs ce qu’ils attendent, et confrontez-le à ce que vous faites et revenez-y régulièrement
Deux lignes après chaque séance. C’est le plus petit changement qui fait progresser un entraîneur.
Pour vous aider
- Pour garder la trace de vos séances et les analyser après coup, je raconte comment je m’y prends avec mon carnet d’entraînement.
Et après ?
Se remettre en question n’est qu’une des sept façons d’entraîner — il y a aussi construire sa séance, faire progresser, coacher le match, motiver et souder, faire grandir, continuer à apprendre.
Vous pouvez vous situer sur chacun de ces piliers et avoir une vue d’ensemble de votre pratique d’entraineur à l’aide du questionnaire « Quel entraîneur êtes-vous ? ».
C’est le moment de prendre du recul sur votre pratique d’entraineur 😉
Sources
- Côté, J. & Gilbert, W. (2009). An Integrative Definition of Coaching Effectiveness and Expertise. International Journal of Sports Science & Coaching, 4(3), 307-323. https://doi.org/10.1260/174795409789623892 — la définition de référence de l’entraîneur efficace, et les trois familles de savoirs.
- Aspen Institute — Project Play (2022). State of Play 2022 — National Coach Survey. https://projectplay.org/state-of-play-2022/coaching-trends — l’enquête américaine de référence sur les entraîneurs (formation, évaluation, bénévolat).