Prendre de vitesse une défense demande trois savoir-faire. Se mettre en course sans ballon est le premier mais il est important d’y ajouter le changement de rythme.
Ce que j’appelle le changement de rythme
Le changement de rythme, c’est accélérer au moment où l’on reçoit le ballon.
Le joueur se met en course sans ballon, il attaque l’intervalle (l’espace libre ENTRE 2 JOUEURS), et quand la balle arrive dans ses mains, il change de vitesse. Cela permet à l’attaquant de prendre de vitesse le défenseur mais surtout à apporter du danger, et donc à en mobiliser plusieurs, ce qui libère de l’espace pour ses partenaires.
Pour y arriver, le joueur doit alterner des désengagements plus ou moins rapides avec des engagements très rapides. Un joueur qui court toujours à la même vitesse, même vite, ne change pas de rythme.
Changer de rythme, ce n’est pas courir plus vite
Le joueur qui se désengage doit réduire un peu son rythme, pour prendre les informations : où est le ballon, où sont les défenseurs, quelle est la distance adéquate, quel intervalle est libre. C’est pendant ce temps plus lent qu’il prépare son accélération.
Et l’ailier qui a pris de vitesse son défenseur doit à son tour ralentir pour s’ouvrir le plus grand angle possible, prendre son impulsion et se rééquilibrer en l’air. S’il va trop vite, il se laisse emporter par son élan vers le mur du fond.
Le changement de rythme se travaille donc dans les deux sens. Ce qui compte, c’est l’écart entre les deux vitesses, et le moment où l’on passe de l’une à l’autre.
Comment prendre la défense de vitesse ?
Quand vos joueurs se mettent en course sans ballon, qu’ils attaquent l’espace entre deux défenseurs et qu’ils accélèrent à la réception, vous avez tout ce qu’il faut pour prendre de vitesse une défense.
Se mettre en course sans ballon suppose de renoncer au dribble qui sert à se lancer (voir Le jeu sans dribble).
On voit tous les week-ends des attaques qui se jouent : je reçois la balle à l’arrêt, je me lance avec mon dribble (souvent tête baissée), j’attaque directement sur un défenseur (et non dans l’espace libre) et si je n’ai pas de solution, je fais la passe à mon partenaire qui va enchainer la même séquence … et ainsi de suite… Il est alors difficile de prendre de vitesse la défense…
Il me semble donc qu’il faut que l’on apprenne à nos joueuses, joueurs à alterner les temps forts (les accélérations) qui apportent le danger, les temps faibles (désengagements, replacements plus lentement) qui permettent de prendre les informations : positions des défenseurs, intervalle du surnombre…
Ces principes s’appliquent au plus grand nombre. Ils valent pour des débutants comme pour de très bons joueurs, et un groupe de moins de 14 ans peut les travailler avec les mêmes contenus qu’une équipe senior. Un débutant qui les connaît peut jouer avec des joueurs meilleurs que lui.
Comment je le travaille
Je ne travaille pas le changement de rythme en premier.
Avant lui, mes joueurs doivent savoir reconnaître l’intervalle et s’y engager. Je passe beaucoup de temps sur des situations en supériorité numérique, du 2 contre 1 d’abord, puis du 3 contre 2. Avec des moins de 14 ans débutants, je fais ce 2 contre 1 sur un espace très large, le temps qu’ils comprennent ce qu’est un intervalle. Avec des seniors, je réduis l’espace et je les mets en crise de temps.
Ces situations de 2 contre 1 se jouent partout sur le terrain : arrière et ailier, arrière et demi-centre, demi-centre et pivot une fois que le pivot est introduit. Elles permettent de travailler en même temps le timing d’engagement, la qualité de passe, la passe main droite et main gauche.
Une fois que les joueurs reconnaissent l’espace où ils doivent attaquer, je vais un cran plus fin. C’est là que le changement de rythme entre dans mes séances, avec la question qui vient avec lui : à quel moment est-ce que je m’engage, quel est le signal, est-ce que je pars trop tôt.
Je termine par des situations en égalité numérique, 3 contre 3 puis 4 contre 4, où le changement de rythme fait la différence parce que personne n’est en surnombre.
Même à l’échauffement au tir, mes joueurs reçoivent la balle en passe, venue de l’avant, et doivent changer de rythme avant de tirer. Cet échauffement reproduit ce qu’ils vivront en match, parce qu’on joue comme on s’entraîne ;-)
Comme pour le jeu sans dribble, je choisis ce savoir-faire pour un cycle de six semaines, et je le formule en une phrase que n’importe qui peut évaluer au bord du terrain : « J’accélère quand je reçois la balle. » Pendant ce cycle, c’est ce que je corrige tout au long des séances.
Le signal du départ
Le changement de rythme pose la question du moment auquel le joueur sans ballon doit démarrer sa course.
S’il part trop tôt, il arrive trop près de la défense et il perd sa distance de combat. S’il part trop tard, la balle arrive avant lui.
Ce signal du départ, c’est ce que j’appelle les invitations. C’est le troisième savoir-faire à travailler pour prendre la défense de vitesse, que vous pourrez découvrir prochainement.
Quatre exercices pour le travailler
- La Fixation : Position et Timing, en accès libre, où le joueur sans ballon ne s’engage que quand son partenaire a levé le bras, et accélère une fois la balle reçue.
- S’Engager et Se Désengager pour Aller au Tir, en accès libre, où le joueur reçoit le ballon en course après un désengagement marqué et doit accélérer quand il s’engage vers le but.
- 1 Balle pour Tous avec Changement d’Intervalle, où le joueur fixe un intervalle puis change d’intervalle en accélérant à la réception.
- Prendre de vitesse une défense 1-5 à 3 contre 3, en égalité numérique, où l’arrière doit accélérer en s’engageant dans l’intervalle pour être dangereux.
Sur votre prochaine séance, observez à quel moment vos joueurs accélèrent, et si c’est bien à la réception du ballon.



